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Jacques Louvain, peut-être

par Dominique Boudou, carnets, extraits, en-cours etc.

21 février 2012 2 21 /02 /février /2012 13:42

Ma mémoire n'a plus de durée

Pour égrainer ton chemin

Mes mots ont du sable dans la bouche

Comment retrouver le commencement

De ton corps battu

Dire le premier geste

Qui a repoussé le pain

Quelle lumière il faisait sur la table

*

Tu ne sais plus dans quelle vie

Tes pas puisent encore des traces

Les heures n'ont plus de jour plus de nuit

Où nous pourrions nous tenir

Je rejoins les lieux sûrs de mes rêves

Anciennes rondeurs de coteaux

Avec leurs ombres assoupies

Quand l'été faisait silence

Et que j'essayais mes premiers mots

Avec l'ennui

Lieux sûrs aussi des mémoires inventées

Pour que ma peau ne s'en aille pas

Comme ta peau s'en va

*

Les mots du carnet blanc

Sont devenus un livre

Des petites morts dans la paume des mains

Et j'ai peur de ta peur

De la neige absente de tes pages

Effacée par qui en toi

Je referme ton livre comme un couteau

 

N.B. : J'en ai bientôt fini avec Battre le corps et tant mieux car il me sort par les trous de nez et même les autres. 

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31 janvier 2012 2 31 /01 /janvier /2012 12:07

La maison dit ton absence

Une pomme verte change de peau sur la table

Un reste de lait fige au fond du bol

Tes lèvres closes

La porte du jardin bat

Dans la lumière silencieuse

J'allonge ma fatigue d'un peu de vin

Je regarde mes yeux courir

Sur la page d'un livre

Les mots comme le lait

Incapables de s'ouvrir

La nuit s'est blottie

Dans les yeux du chat

Qui cherche tes insomnies

Tes mains perdues

Qui ne contiennent plus ton visage

Le silence est soudain trop vide

Sans le petit peuple de tes signes

Adressés aux murs et au plafond

Un long vagissement

Mais sorti de quelle gorge

Frissonne

*

Quel visage prend ta mémoire

Quand tes pas sont fermés

Autour du lit

Et que tu dois manger le pain

Comment creusent les mots du père et de la mère

Sur ta peau qu'ils ont tuée

*

Un cri parfois

D'une vieille qui n'a plus sa tête

La nuit tranchée au scalpel

Tu la sens dans ton sang

Q'un rêve commençait à pourir

Tu rejettes les draps trop mouillés

Ton coeur est déjà debout dans le couloir

Haché par le cri qui suivra le cri

Le dernier peut-être et ce sera la fin

Ton corps retourne au creux du lit

Tout bleu dans le froid que tu attends

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21 novembre 2011 1 21 /11 /novembre /2011 08:39

La vallée des larmes

N'est plus un lieu sûr sous tes yeux

Une fondrière a creusé le passage

De tes nuits sans sommeil

De l'autre côté de la faim

Qui décharne les souvenirs

Tu peux tomber à chaque instant

Dans le puits à sec de ton visage

 

Poème en chantier pour Battre le corps. La vallée des larmes est ici un terme médical et non une mièvrerie.

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15 octobre 2011 6 15 /10 /octobre /2011 13:13

Une mémoire sans oubli

Pèse sur toi depuis toujours

Des souvenirs même dans le silence

Autour du pain coupé

Et tes soeurs droites sur leur chaise

Qui te regardaient tomber

Tu avais dix ans

Un train passait

Dans la neige

*

Battre les draps

Sur l'herbe des cours

Et le pliage à quatre mains

Lissé à l'ongle pour l'armoire

Tu te souviens du blanc

Où tu voyais du rouge

Enfermé dans les chambres

Le père et la mère parlant bas

Les soeurs cachées sous les lits

Et le silence qui te prenait

La gorge

*

Tu me parles de l'oncle mort

Sous la frondaison des mitrailles

Dans les grands froids

De son nom qu'on t'a donné

Pour qu'il vienne à ta place

Et chaque jour à petits souffles

Ta vie cherche son chemin

Malgré lui

*

La nuit vient chercher ton corps

Où tremble un rêve d'yeux battus

Il porte en lui ces plaintes de bois sec

Que rien jamais n'éteint

Un peu de lait tourne au gris

Dans le bol oublié

Un reste de gâteau va tomber

De la table morte

Une proie encore pour les chats

Dans ta gorge

Apprivoisés avec la mie crachée

Et tu attends la levée du jour

Pour tomber

 

NB : Le troisième poème, et notamment les quatrième et cinquième vers, n'est pas définitif. Les autres le sont davantage mais sait-on jamais...

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5 octobre 2011 3 05 /10 /octobre /2011 15:03

Je n'ai pas le temps, là, d'écrire sur la lectrice de la ligne B. Je vous offre quelques vers de Battre le corps. Il y aura vraisemblablement un livre mais l'éditeur souhaite qu'il y ait davantage de textes. Si l'ouvrage paraît, en principe en 2013, je le dédierai au professeur Claire Sériès et aux patients/patientes de son service.

 

Tes pas la nuit dans la maison

Quand penser ne peut plus rien

Contre les ombres qui t'effacent

Marcher encore

Jusqu'à devenir sans visage

Dans le mouvement des plaies

Mon corps ne tient plus le tien

La nuit va fondre mes mots

Tu vas tomber

*

Tes mains blanchies jusqu'à l'os

Autour du lait

Tenir avec ce peu

Dans le corps creusé

Pour chercher quoi parmi les fatigues

Un voile passe devant tes yeux

De la neige dis-tu

Surgie de tes anciennes tourmentes

La neige comme le lait

Improbable

*

Ton corps absent du pain

Courbé sous la fièvre

Tes yeux sont trop grands

Un train passe

Un chien aboie

Une rumeur encore

Qui rappelle ta mémoire

Sur tes lèvres sèches

*

Un fruit sur un coin de table

Livré aux meurtrissures

Et tu regardes ta peau pareil

Qui s'en va avec la faim

Je ferme les mots dans ma bouche

J'abaisse mes paupières

Ne plus voir le trou au coeur du fruit

Où tu pourrais te jeter

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