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Jacques Louvain, peut-être

par Dominique Boudou, carnets, extraits, en-cours etc.

25 août 2011 4 25 /08 /août /2011 12:41

Je n'ai rien écrit sur mon carnet blanc. Les mots qui se forment dans ma tête ne tiennent pas. Ils sont trop troués pour tenir. Ils ressemblent en cela au paysage de Cordon jaune qui pourrait d'un moment à l'autre basculer dans le vide et y entraîner corps et âme Jacques Louvain. Théus me regarde avec des yeux effarés quand je lui raconte mes appréhensions. Elle me reproche de manquer de volonté. Le mode d'emploi de Cordon jaune est simple, dit-elle, il n'y a qu'à se laisser couler. Je ne sais pas. Je bredouille cette phrase comme la bredouillait Dominique Boudou. Je regarde par la baie vitrée la ville en contrebas et j'essaie de me convaincre de sa réalité. 

Puis je m'abrutis des heures et des heures devant la télévision. Les programmes ont été spécialement étudiés pour garantir la sérénité des habitants. Les documentaires animaliers foisonnent. Ils ne comportent aucune scène de violence. Les lions pactisent avec les gazelles, les aigles royaux empêchent les brebis égarées de tomber dans les ravins et les serpents, même les serpents, contemplent avec des yeux humides les sarabandes des musaraignes.

Ce petit monde idéal me plonge dans un sommeil sans rêve et mon corps se vide comme un ballon de foire. Des images me traversent mais n'ont pas plus de consistance que mes mots. Comment écrire dans ces conditions ? Théus, qui a réponse à tout, me dit que nous devons faire plus souvent l'amour. La mécanique des corps réactivera la mécanique de l'écriture et il y aura de nouveau une belle énergie dans mon sang indolent.

Jean Galfione est d'accord avec Théus. Quand j'ai fait mon premier saut, deux mètres cinquante, il m'a dit que je manquais de jarret. Rien de tel que l'amour pour le muscler, a-t-il ajouté en rigolant. Puis, à voix basse, il m'a parlé de Johnsona la Japonaise aux cheveux blancs. Il y aura bientôt une grande fête à Cordon jaune et il s'arrangera pour que je la rencontre. Alors moi aussi j'ai rigolé. Jean Galfione est un farceur. De toute façon, je n'irai pas à cette fête. J'ai repéré une trouée dans la végétation sur la ceinture jaune. Personne ne s'en approche jamais car personne ne la voit. Elle appartient peut-être à une réalité qui n'est destinée qu'à moi, Jacques Louvain. Je ne sais pas. Je ne sais pas. Je bredouille encore, comme si toute vie n'était qu'une hésitation, inachevée, forcément.

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commentaires

Michèle 25/09/2011 19:05



Quand le jarret tient la plume...



C comme Corinne 18/09/2011 11:33



Très beau texte !


La vie une hésitation...jusqu'à le trouée qui dénude. En sortir habillé de lumière.



claire 01/09/2011 17:15



Mais ça ne va pas du tout ! Jacques, comment pouvez-vous vous abrutir devant la télé et en plus pour des docus animaliers à la Walt Disney ! C'est normal que vous bredouillez : c'est votre vie
qui bredouille. Allez, encore quelques leçons avec Galfione et hop... par dessus le mur de végétation.



marie-claude 28/08/2011 21:26



qu'elle est belle cette trouée dans la végétation ...


un rêve d'évasion, une fuite possible, une illusion en perspective vers un monde où l'illusion n'est plus la perspective, la fuite impossible, où le rêve cesse d'être une évasion ...


Vas-y Jacques !



kouki 27/08/2011 01:02



Théus ... la seule de chair et de vie dans tout ça