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Jacques Louvain, peut-être

par Dominique Boudou, carnets, extraits, en-cours etc.

31 décembre 2011 6 31 /12 /décembre /2011 13:43

place Saint-Christoly, 1

La ligne B s'arrête juste à côté, rue Vital-Carles. Un passage, dont l'angle est un théâtre, y conduit. Je suis surpris par la hauteur des arbres qui coiffent la place. Des platanes. Comme dans un bourg provençal mais sans fontaine. Un café a posé là sa terrasse. Il a, sans doute, quelques habitués, des caricatures d'habitués fondues à la longue dans le passe-partout du décor. Il a, surtout, un Chardonnay blanc servi assez largement. Je le bois avec toute la patience dont je suis capable et je regarde les gens, comment ils viennent, comment ils sont droits dans leur corps ou tassés sur leur sac d'os. Je guette une fenêtre, encore une, au bois vermoulu qui tient mal des vitres qu'il faudrait laver. Une femme parfois s'y penche et fume. Ce n'est pas qu'elle soit jolie mais sa fragilité au bord du vide m'émeut. Elle a des gestes désordonnés pour chasser la fumée loin dehors qui me font sourire. Elle ne s'attarde jamais. La fenêtre en se refermant produit comme une espèce de dérapage. J'imagine, à cause de lui, un glissement dans le temps que le porche en face de moi favorise. Pierre noire. Petite allée de pavés avec son treillis d'herbes sèches. Et, au bout, un bâtiment rescapé du dix-septième siècle dont je ne vois que la porte ouvragée. Je pourrais le peupler de fantômes portant l'épée et parlant bas. Mais un minibus électrique tourne au coin. Aucun voyageur. Une autre manière de fantôme, ou un jouet, livré à lui-même jusqu'à l'épuisement de son énergie. Je souris encore. Le paysage est assez incertain pour que je m'y reconnaisse. J'appelle le serveur, un trentenaire au catogan serré, et je lui demande la même chose. La cérémonie du Chardonnay luit plus fort quand le soir tombe.

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commentaires

dominique boudou 01/01/2012 22:06


Merci Kara. La façon dont je conçois cette série de Paysages revus dans Bordeaux pourrait conduire à un vrai récit et pourquoi pas, la présence inventée d'un/une étudiant/e en yiddish, qui lui
donnerait d'autres teintes. A voir.


Merci en tout cas pour votre commentaire.


Bistouilles itou.

C comme Corinne 01/01/2012 18:30


bien jolir description d'un scène de vie. De l'ordinaire, un sprectacje de la rue. De ma rue, posée à la terrasse du Primerose dans Paris village.

Kara 01/01/2012 16:59


OUPS..".Romans "israeliens


et il faut lire "a le parfumn d'une yeshiva"

Kara 01/01/2012 16:56


premier janvier 2012


Tiens Un Roman qui commence dans des lieux plus que familiers, cela change de ces autres lieux familiers qui me hantent tels les romas israeliens où je me rends de plus en plus souvent .


celui ci est écrit avec calme et profondeur : un commentaire en fait éloge et à juste titre


Quelqu'un se tient donc dans un de mes cafés préférés où si la consultation le permet je déjeune avant le cours d'Hébreu : le centre n'est pas loin, a un parfum d'une yeshiva -Quelques mots de
yiddish en dirait plus .Bonjour personnage de roman .Avec toi, on se sent plus heureux dans la ville .Bonne année 2012 .bistouilles

Brigitte Giraud 01/01/2012 07:25


On dirait un tableau que tu regarderais. Tout est posé en équilibre, à sa place, en suivant la ligne de ton oeil ou celle de ta plume, des doigts sur un clavier qui courent. Et nous qui te lisons
nous voyons une autre tole et tu es dedans, c'est-à-dire dans ton écriture, la tienne, que je reconnais tout de suite toujours.


Bravo pour commencer l'année, c'est au petits oignons, ça !