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Le chemin en soi

Une heure a passé et je ne m'en suis pas aperçu. J'ai vu un avion à hélices qui volait bas, une chèvre noire au détour d'un rocher. J'ai entendu des froissements d'agaves, des éboulis, des plaintes d'insectes. Mais rien de ce que je voyais ou entendais ne s'inscrivait dans le passage du temps. Je me suis demandé si cette impression allait devenir plus forte. Au point que, arrivé à Cordon jaune, j'aurais perdu jusqu'à mon identité. Rongée petit à petit par le suc de la marche. 

Je me suis assis sur un pierre plate et j'ai pensé à Théus. Que ferait-elle quand elle constaterait mon absence ? Se dirait-elle tout de suite que j'ai décidé de finir le voyage tout seul ? Et quel serait le rôle du géant blond ? J'ai sorti le revolver de ma poche. J'ai promené mon doigt sur le canon qui m'a paru démesurément long. Un revolver pour tuer les ombres. Mais il n'y en avait pas. A quoi bon cette pensée ? J'ai hésité à jeter l'arme. Je me suis remis dans la marche. Le cadavre d'une bête m'a soudain barré le chemin. Les os déjà avaient blanchi. Un petit peuple de fourmis en terminait le nettoyage. L'image du bébé mort dans une poubelle est revenue tarauder mon esprit. Des nuages, comme suscités par la charogne, ont obscurci le ciel. 

Alors j'ai couru aussi vite que j'ai pu. En concentrant toutes mes pensées sur le chemin. Le chemin en soi. Contenu dans le mouvement des jambes. Jusqu'à oublier les morsures de la poussière, des cailloux, des chardons. Il n'y avait plus ni Jacques Louvain ni Dominique Boudou. Seulement la course. 

Et mon corps s'est mis à sentir mauvais. Et le ciel, trop lourd, s'est appuyé sur mon souffle. Sueur. Soif. Je n'irais pas loin. Rejoindre la piste était encore possible. Des camions y passaient. Allaient peut-être à Cordon jaune pour livrer des marchandises. Mais je risquais de tomber sur la voiture du géant blond. Théus serait assise à côté de lui. Comment m'accueillerait-elle ? Et si le géant blond décidait de ne pas s'arrêter ? 

Je me suis de nouveau assis et j'ai cherché un moyen pour chasser les odeurs de mon corps. Ne pas puer. Un corps qui pue se transforme vite en un esprit qui pue, une mémoire qui pue. J'ai attrapé une poignée de terre et j'ai frotté énergiquement mon cou et mes aisselles. La sueur sentait moins la mort. Je respirais cependant toujours aussi mal. La soif dansait devant mes yeux comme un spectre de comédie. Qui me dirait bientôt des railleries, des méchancetés, des malédictions. Quel visage prendrait-elle ? Pour m'abattre ?

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C
<br /> <br /> On se trouve dans un temps "d'entre deux", une course rythmée par le métronome du temps qui court ou qui n'est pas, je ne sais plus.  Tes textes figent les aiguilles de mon espace temps.<br /> Suis en arythmie à te lire.<br /> <br /> <br /> <br />
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T
<br /> <br /> La pensée qui introduit le paramètre de la nouvelle identité puante volée, la terre<br /> <br /> <br /> salvatrice... Pas mal, vraîment bien vu!<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> <br />
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M
<br /> <br /> Tout se désagrège, les fourmis font le reste ...<br /> <br /> <br /> cours, fuis l'odeur qui s'empare de toi, est-ce Dominique qui s'abandonne ?<br /> <br /> <br /> Mais la terre te ravive, emporte la puanteur <br /> <br /> <br /> avance pour naître Jacques !<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> <br />
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B
<br /> J'aime bien cet être tout réduit dans des jambes, la marche, la course et la poussière. Superbe texte !<br /> <br /> <br />
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