A quatre heures du matin, las de rebattre des draps sans sommeil, je me suis levé pour écrire dans mon livre blanc. Après mes observations météorologiques, nuit claire presque chaude et sans vent, j'ai noté ce fait divers : Un nouveau-né trouvé mort dans une poubelle à Nancy.
Je suis resté longtemps en arrêt avec mon stylo dressé vers le plafond. J'ai imaginé la fuite de l'encre au fond de la mine. Son éventuel débordement. Coulures. Taches. Des papillons, peut-être, à y voir, comme dans les tests qu'on fait passer aux malades.
Dominique Boudou aurait mal contenu son émotion en évoquant ce bébé. Il aurait plaint l'infanticide, trop seule, confite en sa détresse. Il se serait adonné au voeu pieux d'une société plus humaine, qui ne toucherait jamais aux gosses.
Moi, ce qui m'intéresse, c'est la poubelle. Il en existe de toutes sortes, n'est-ce pas ! Des individuelles et des collectives. Des qui sont régulièrement désinfectées et d'autres à l'abandon. Des à l'air libre. Des enfermées derrière le mur humide d'un sous-sol. Des grises. Des vertes.
Jacques Louvain n'est pas moins émotif que Dominique Boudou. Il aura comme tout un chacun des bouffées de voeux pieux quand sa vie s'installera vraiment dans la vie. Le nouveau-né de Nancy, c'est évident, est un déchet. Découvert à temps, il ne connaîtra pas les affres d'une broyeuse mais finira, après autopsie, dans l'incinérateur d'un hôpital. Sa disparition sera plus propre, accompagnée d'un peu de pitié. Aussi, j'en reviens à la poubelle. Je me dis que l'infanticide l'a bien choisie. Elle a enveloppé son bébé dans un linge propre et opté pour une poubelle verte. Sans souillures de mauvaises nouilles au ketchup. Une poubelle où il n'y a que des bouteilles en plastique, des cartons d'emballage et des vieux magazines. Maintenant que Jacques Louvain s'interdit de cracher sur les escaliers il souhaite la propreté à tout le monde. Il ne veut pas que la mort sente mauvais.