Parfois, sans prévenir, les mots se font la malle. On les a sur le feu depuis quarante ans et pourtant. Comment dire. Comment le dire. Comment lui dire. On a peur. On a les jambes qui flanchent. Lui dire. Lui dire qu'on aime son visage et sa voix. Lui dire que. Non. On a peur. Et le coeur flanche aussi. Et la raison raisonne. Comment ? Toi, le faiseur de mots, tu te dérobes ? Allez ! allez ! Cours-y vite, à bride abattue ventre à terre et tombeau ouvert. Oui, mais. Quoi, mais ? Rien. Envie d'écouter Léo Ferré en boucle à cent quarante à l'heure. C'est tout. Cheveux au vent forcément. Dans la danse de l'horizon qui pourrait tomber. Dans les murmures des herbes hautes le long de l'autoroute. Dans. Je ne sais pas. Lui dire, oui. Quand. Comment. Sans penser que. Bien sûr on peut tout perdre. Elle ne veut pas. Elle s'en va. Tout est perdu. On reste abruti devant un verre ou une ligne, n'importe laquelle, qu'on fixe. La raison ne raisonne plus. Une douleur fait des pointillés sur la peau. Le paysage chavire. On a tout perdu. Les mots sur le bout du coeur sont toujours les plus dangereux. Allez ! dit la raison. Rentre chez toi et dors ce que tu peux dormir. Demain, le paysage aura repris son aplomb. Et d'autres mots viendront à ta rescousse. Pour décomposer.