Mais quand le pire a-t-il commencé ? A quelle origine s'est-il nourri ? Tu m'as souvent dit qu'il y a eu de nombreux suicides dans ta famille. Après avoir calfeutré les embrasures de ta cuisine, ton grand-père a ouvert le gaz. L'un de tes oncles s'est jeté dans une rivière et on l'a retrouvé avec un poisson dans la bouche. Un autre s'est pendu à la poutre d'un hangar. Il n'avait pas cinquante ans. Les trois morts avaient mené une vie retirée, rabougrie même, dans des maisons de village qui suintaient la tristesse. Rien à voir avec toi de prime abord. Tu es une citadine. Tu as des amis et des occupations multiples. Il faudrait creuser plus profond, effectuer un vrai travail de taupe dans le marécage familial. Au risque de te perdre pour de bon. Je ne veux pas te perdre. J'aime encore te voir aller et venir dans la maison. J'aime encore t'entendre parler. Te voir et t'entendre. Nous voir et nous entendre, tout simplement. Malgré ma peur.