Le radiateur à côté de moi a de la cire dans les oreilles. Ma tête bourdonne. Je ne suis pas moins une chose que le radiateur. Aucune pensée ne m'agite en ce sombre lundi. Aucun désir ne me porte à entrer là ou là. Je lis Les révoltés de Sandor Marai sans me demander ce qui les anime. J'écoute le radiateur. Les heures peuvent bien passer avec leurs fibres emmêlées. La lumière, sale aussi, ne m'inspire aucun commentaire sur la tenue de ses grains. Tristesse ? Blues ? Pas du tout. Les choses ignorent les petites mélancolies. Le radiateur ne se plaindra jamais. Moi non plus. J'ai, comme lui, depuis toujours, de la cire dans les oreilles et je ne me suis jamais plaint. Tout à l'heure, je reprendrai ma lecture de ces jeunes Hongrois prisonniers de leurs aspirations à la liberté et je répandrai sur les pages la fumée de mes cigarettes. J'irai au robinet boire un filet d'eau. Je dirai une bêtise au chat. D'autres heures passeront. Puis je partirai vers la ville. Mon corps sera posé comme un paquet dans le tram. Alors, peut-être, réveillé par je ne sais quoi, il commencera à vivre. Il ne sera plus une chose mais une idée. Et j'irai à travers lui perdre toutes les choses et toutes les idées, plus aplaties que des ombres. Moi, je ne serai jamais prisonnier de ma liberté.