Ce matin je suis allé chez Jules m'acheter des chemises, (dix minutes montre en main ledit achat), et j'ai pensé à toi, Ruben Shrek. J'étais dans la bagnole en direction du magasin de chemises, (mon premier achat tout seul de chemises), et j'ai pensé que tu allais bientôt savoir lire. Dans deux mois l'affaire sera pliée, je le sais, je m'y connais en lecture, et ça m'a ému. J'ai eu les larmes aux yeux mais c'était pas de la tristesse qu'il y avait dedans. Ce n'était pas du bonheur non plus. C'était un mélange d'émotions et de sentiments avec des images de toi et des images de moi qui ressemblait à la très bonne soupe avec viande que fait ta maman. Et ben la lecture c'est pareil. Une soupe qui n'arrête jamais de cuire et y'a sans cesse de nouveaux légumes, de nouveaux goûts. Ce qu'il y a de commun à la lecture et à la soupe, c'est que ça déborde d'histoires. Je me suis dit que c'était génial pour toi. Pour tes parents. Pour nous. Voilà, je me suis dit ça et je me suis attendri comme une motte de beurre. Tu remarqueras, à propos de beurre, qu'on peut en mettre dans la soupe mais pas dans les chemises. Dans les livres oui. Ceux de Totoche et Lazarre, ceux de la tortue qui prend son temps. Voilà, Ruben Shrek, tous ces trucs auxquels j'ai pensé en allant chez Jules. Et j'ai voulu te les écrire là, pour que tu t'en souviennes quand tu auras dix ans, vingt ans. Peut-être qu'alors, en allant acheter des chemises, tu penseras aussi à un petit garçon sur le point de savoir lire, mais il ne s'appellera pas Shrek. Impossible. Pour avoir le nom de Shrek il faut en avoir les oreilles. Et y'a que toi qui les as, les oreilles de Shrek. A propos, toi qui sais tout de lui, faudra que tu me dises, est-ce qu'il sait lire, Shrek ? En voilà, une question !