Toujours, en juillet, une sourde mélancolie me prend. Je n'aime pas le soleil de ce mois clair. Sa découpe est trop nette, sa résonance trop vibrante. Je fuis tout autant les faux silences qui rampent dans les rues. Qui portent le soupçon au coeur de l'air à la peine. Les ombres mêmes ne sont plus le bon refuge pour vagabonder. J'ai la tentation du long sommeil des ours. Approvisionner le dédale des rêves jusqu'à la fin d'août. Mais la vie garde en moi le goût des plaisirs. Le partage des mots autour d'un vin de pays, les souvenirs qu'on recompose à la table des amis desserrent un peu l'étau de la poitrine. On oublie un temps les coups de rabot que la maladie porte à l'être aimé, la vieillesse qui ne va pas toute seule d'un frère ou d'un poteau de quarante ans. On se dit qu'on peut encore tenir le pire à distance et qu'un petit voyage fera du bien, forcément, puisqu'on marche droit sur ses jambes. Et si on marche on saura penser, dans le mouvement uni des pas et des idées. La rondeur du soleil on ne s'en souciera plus car on aura, alors, la volonté de toutes les métaphores.