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Jacques Louvain, peut-être

par Dominique Boudou, carnets, extraits, en-cours etc.

5 décembre 2011 1 05 /12 /décembre /2011 10:34

Du crachin comme des grumeaux et la lumière a du plomb dans les ailes. J'écris pour écrire, rien d'autre. Aujourd'hui, je ne sais pas où s'en va mon vertige. Mes yeux sont trop pleins mais de quoi que je pourrais effacer. Les os craquent dans mes doigts et sur la page. Langue plus rêche que le papier des mauvais grains. Paysage impossible de l'autre côté de la fenêtre. Aucune épreuve visible de mes pensées. Terrassement partout dans mon corps. Ecrire, cette vanité quand rien ne vibre sur la peau. C'est marcher qu'il faudrait. Affronter la rumeur des trains au-delà du fleuve. Y mêler les frissons des hautes herbes, ces plumeaux dérisoires à la lisière de la boue. Inventer d'autres pas que les miens, d'autres douleurs et d'autres bonheurs. Mais aujourd'hui je ne sais pas. J'ignore ce qui m'échappe dans ce jour déchiré. Le ciel, peut-être, descendra plus bas encore, finira collé à la glaise des fondrières, comme un drap de grosse laine. Et il y aura en moi plusieurs sommeils remontés de mes enfances. Sans chimères. Sans souvenirs. Dans mes corps débranchés.

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30 novembre 2011 3 30 /11 /novembre /2011 16:49

Qu'on en lise ou pas, la poésie est nécessaire à l'homme et cela quelque soit sa forme. Un regard, simplement étonné, croisé dans un chemin de fer, sur une promenade en bord de mer ou en bord de forêt suffit à donner une présence à ce qu'il touche. L'acuité de cette présence n'est pas toujours consciente dans l'instant mais elle sait se rappeler à notre mémoire, en ouvrant toute grande la porte des émotions, des sentiments, de la pensée même. Et l'homme grandit avec elle, dans le partage qu'il ne manquera pas d'en faire, tout simplement aussi, avec les autres qui l'accompagnent. Voilà pourquoi, je vous offre ce beau film de Brigitte Giraud. Il illustre bien, je crois, l'absolue nécessité de la poésie.
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Dominique Boudou - dans Carnets
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27 novembre 2011 7 27 /11 /novembre /2011 12:42

Foule de novembre finissant. Ciel bas sur le cours de l'Intendance. Des trams. Des scooters. Des pousse-pousse au pédalage assisté par la fée électricité. Un violonneux violonne. Son Chopin languide indiffère. Cette foule n'a pas d'oreille. Seulement des yeux braqués sur les vitrines trop chamarrées. Je relève mon col. Je fume une cigarette sans m'en apercevoir. Mes pas s'éloignent sur des pavés moins calibrés, piétinent d'herbeuses jointures. Le ciel suspend sa chute. Une cloche promène dans l'air son grain de bronze. Un porche soudain surgit, porté par des colosses au visage couturé. Je fume une autre cigarette sans m'en apercevoir. Je ne sais pas quel chemin me saisit, quel souffle me traverse. J'aime cette absence qui gomme les gestes de ma fatigue. Je pourrais disparaître lentement, devenir un point perdu sur une ligne coupée. Sans conscience ni mémoire. Mais voilà qu'une troupe d'adolescents passe avec des packs de bière. L'un d'eux rit avec des bruits de nez qui trompettent. Je pense à un âne. Un âne qui brait. J'imagine le collage de la tête de l'âne sur le cou maigre de l'adolescent. Je me demande comment il ferait pour porter à l'oreille son téléphone. Je relève encore mon col. Comme si cette image allait s'en prendre à moi. Je m'éloigne. J'allume une autre cigarette et je la brûle en trois bouffées.

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16 novembre 2011 3 16 /11 /novembre /2011 12:33

Alors que je mets la dernière main à un texte pour une revue sur le concept de mystère, je pense à toi. Je pense à l'âne que nous avons vu dimanche au parc bordelais et que tu as couru dans un désir de caresse et que tu t'es exclamé : il y en a un pareil dans Shrek. Je ne sais pas comment cette pensée m'est venue, avec ton visage tout rond en surimpression. Je ne sais pas comment les pensées me viennent. Sans doute sont-elles un peu sorcières avec des dents vertes ! Elles font des tas de zigs et de zags, des flopées de grimaces comme s'il en pleuvait, tout aussitôt transformées en tortues poilues, en papillons sur des béquilles et même en éléphants poussant des poussettes.

Alors je pense à Popov que tu aimes tant dans le livre de je ne sais plus qui. L'éléphant Popov n'est pas content. Il pleure même un peu mais ses amis le consolent et il découvre un moyen pour retrouver son sourire joyeux. Je me dis qu'il y a quelque chose de Popov en toi. Non pas à cause de ton visage tout rond mais à cause de la joie que tu es capable d'inventer quand ça ne va pas trop bien. Des règlements stupides ont obligé ta famille à quitter son abri sûr et, chaque soir, papa est obligé de téléphoner au 115 pour obtenir une chambre d'hôtel autour de la ville, en lisière des rocades et des rumeurs automobiles. Sachant qu'une fois, le téléphone répondra non avec sa voix de téléphone. 

Aussi, pour tenir dans ces allées et venues épuisantes, tu essaies de lire tout ce que tu vois sur les panneaux des autoroutes, noms de cités proches ou lointaines, marques de dentifrices et de barres chocolatées, j'en passe j'en passe, tant il y a à lire partout. C'est le moment que choisit Popov pour te taquiner du bout de sa trompe. Ses pensées sont aussi sorcières que les nôtres, tu peux me croire. Zig par ici, zag par là, hop, on décolle et on tutoie le firmament. Le ronron de la voiture te berce. Papa t'observe dans le rétroviseur, ses doigts se crispent moins sur le volant. Maman retient son soupir. La nuit bientôt va tomber. Il pleuvra de l'eau grise et aussi des grimaces d'éléphant. J'aime comme toi les grimaces d'éléphant. Mais au fait, est-ce qu'il y en a, un éléphant, dans Shrek ? Faudra que tu me dises, hein ! Je veux savoir, moi, tout ce que tu sais et que j'ignore.

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Dominique Boudou - dans Carnets
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5 novembre 2011 6 05 /11 /novembre /2011 21:00

Ce matin je suis allé chez Jules m'acheter des chemises, (dix minutes montre en main ledit achat), et j'ai pensé à toi, Ruben Shrek. J'étais dans la bagnole en direction du magasin de chemises, (mon premier achat tout seul de chemises), et j'ai pensé que tu allais bientôt savoir lire. Dans deux mois l'affaire sera pliée, je le sais, je m'y connais en lecture, et ça m'a ému. J'ai eu les larmes aux yeux mais c'était pas de la tristesse qu'il y avait dedans. Ce n'était pas du bonheur non plus. C'était un mélange d'émotions et de sentiments avec des images de toi et des images de moi qui ressemblait à la très bonne soupe avec viande que fait ta maman. Et ben la lecture c'est pareil. Une soupe qui n'arrête jamais de cuire et y'a sans cesse de nouveaux légumes, de nouveaux goûts. Ce qu'il y a de commun à la lecture et à la soupe, c'est que ça déborde d'histoires. Je me suis dit que c'était génial pour toi. Pour tes parents. Pour nous. Voilà, je me suis dit ça et je me suis attendri comme une motte de beurre. Tu remarqueras, à propos de beurre, qu'on peut en mettre dans la soupe mais pas dans les chemises. Dans les livres oui. Ceux de Totoche et Lazarre, ceux de la tortue qui prend son temps. Voilà, Ruben Shrek, tous ces trucs auxquels j'ai pensé en allant chez Jules. Et j'ai voulu te les écrire là, pour que tu t'en souviennes quand tu auras dix ans, vingt ans. Peut-être qu'alors, en allant acheter des chemises, tu penseras aussi à un petit garçon sur le point de savoir lire, mais il ne s'appellera pas Shrek. Impossible. Pour avoir le nom de Shrek il faut en avoir les oreilles. Et y'a que toi qui les as, les oreilles de Shrek. A propos, toi qui sais tout de lui, faudra que tu me dises, est-ce qu'il sait lire, Shrek ? En voilà, une question !

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