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Jacques Louvain, peut-être

par Dominique Boudou, carnets, extraits, en-cours etc.

9 novembre 2011 3 09 /11 /novembre /2011 14:09

Midi peut-être a sonné

Il faudrait souffler comme les autres hommes

A cette pause qui n'a pas de présence

Dans laquelle je m'oublierais pourtant

S'il n'y avait pas tous ces mystères

Sous nos pas

*

La tentation du jardin encore

Qui miroite au fond de tes yeux

Deux chaises intemporelles

Autour des cercles de l'eau

La grille qui grincerait

Comme elle grinçait tu t'en souviens

Le parfum de la terre

Dont nous savions le partage

Allons sois raisonnable

Je ne veux pas pleurer

*

Un autre enfant passe

Qu'on n'a pas remarqué

Qui connaît tout du chemin

Un enfant qui n'a pas d'enfance


J'ai écrit ces textes en une semaine de frénésie au mois de décembre 1997. Toute frénésie est suspecte en poésie, ce siège de la lenteur, mais je vous offrirai quand même d'autres extraits de ce recueil.

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Dominique Boudou - dans Poésies
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5 novembre 2011 6 05 /11 /novembre /2011 21:00

Ce matin je suis allé chez Jules m'acheter des chemises, (dix minutes montre en main ledit achat), et j'ai pensé à toi, Ruben Shrek. J'étais dans la bagnole en direction du magasin de chemises, (mon premier achat tout seul de chemises), et j'ai pensé que tu allais bientôt savoir lire. Dans deux mois l'affaire sera pliée, je le sais, je m'y connais en lecture, et ça m'a ému. J'ai eu les larmes aux yeux mais c'était pas de la tristesse qu'il y avait dedans. Ce n'était pas du bonheur non plus. C'était un mélange d'émotions et de sentiments avec des images de toi et des images de moi qui ressemblait à la très bonne soupe avec viande que fait ta maman. Et ben la lecture c'est pareil. Une soupe qui n'arrête jamais de cuire et y'a sans cesse de nouveaux légumes, de nouveaux goûts. Ce qu'il y a de commun à la lecture et à la soupe, c'est que ça déborde d'histoires. Je me suis dit que c'était génial pour toi. Pour tes parents. Pour nous. Voilà, je me suis dit ça et je me suis attendri comme une motte de beurre. Tu remarqueras, à propos de beurre, qu'on peut en mettre dans la soupe mais pas dans les chemises. Dans les livres oui. Ceux de Totoche et Lazarre, ceux de la tortue qui prend son temps. Voilà, Ruben Shrek, tous ces trucs auxquels j'ai pensé en allant chez Jules. Et j'ai voulu te les écrire là, pour que tu t'en souviennes quand tu auras dix ans, vingt ans. Peut-être qu'alors, en allant acheter des chemises, tu penseras aussi à un petit garçon sur le point de savoir lire, mais il ne s'appellera pas Shrek. Impossible. Pour avoir le nom de Shrek il faut en avoir les oreilles. Et y'a que toi qui les as, les oreilles de Shrek. A propos, toi qui sais tout de lui, faudra que tu me dises, est-ce qu'il sait lire, Shrek ? En voilà, une question !

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Dominique Boudou - dans Carnets
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4 novembre 2011 5 04 /11 /novembre /2011 12:10

Réenchanter les noms premiers

Qui font surgir les choses

Le nom de table

Et le nom d'armoire

Le nom du fruit

Qu'on verra mieux sentira mieux

En l'appelant pomme ou poire

Avec son décor d'assiette posée là

Au coin perdu d'un buffet qui n'ouvre plus

Imaginer l'ombre portée d'une main

Sur le point de saisir

Mais quoi dans la pomme ou la poire

Tisser encore et encore

D'autres noms à échancrer

Les menus paysages de la maison

Etre enfin debout

Au coeur du retrouvé

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Dominique Boudou - dans Poésies
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4 novembre 2011 5 04 /11 /novembre /2011 09:24

Entre blanc et gris petit matin de routine sur les bassins à flots. Bateaux en berne après la nuit. Pavé luisant des halages à venir. Des rêves encore dans les yeux d'une promeneuse en slim. Un camion rouge passe et on dirait une copie pour enfants, presque fébrile. Des ramures bougent. De l'eau ondule contre les piles d'un pont trop assoupi. Je conduis à l'école les six ans de Ruben. Nous parlons d'une tortue à l'abri, de sa lenteur "jusqu'à l'herbe prochaine". De ce que sera ce soir quand papa et maman seront là. Le temps nous enrobe. Maintenant. Ce soir. C'est pareil pour le bonheur du jour. D'autres camions passent. La grue d'un chantier, avec sa cabane ouverte aux vents, remue sa longue carcasse. Je m'en étonne comme Ruben s'en étonne. Des mots viennent sur nos lèvres, avec leur paysage changeant qu'on voudrait prendre dans nos mains. Le gris cède la place au blanc. Le matin sort de sa carapace. Tout va bien.

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2 novembre 2011 3 02 /11 /novembre /2011 18:18

Retenir les heures du côté de la joie en regardant des platanes au-dessus de soi comme un chapiteau, des femmes sur des vélos, des fenêtres où les termites ont élu logis, un vieux porche et un théâtre dit Poquelin et, tout en buvant du vin sec, cultiver le bonheur d'être triste.

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31 octobre 2011 1 31 /10 /octobre /2011 11:36

Comme j'ai conscience d'écrire des poèmes sinistres qui me viennent de tous les côtés, voilà au pied levé un poème gai. 

 

Amalric

a mal ri

Bambelle

mal rigolé

C'est la faute au rimmel

qu'a coulé

Le rire était trop mouillé

dans les yeux de Bambelle

Celui d'Amalric

S'est tari

Mais leur corps

ont fait corps

dans le creux de l'été

et tout a été

étêté éthéré

sauf les rires qui cancanaient encore

entre leurs dents

Et moi qui n'aime pas l'été

ni le mouillé

j'ai bien rigolé

car rien n'a coulé

de mon flageolet

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Dominique Boudou - dans Poésies
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25 octobre 2011 2 25 /10 /octobre /2011 13:34

Voici le début d'un ensemble que j'ai publié en 1997 dans la revue belge Ecritures. Je ne l'ai pas encore renié.

Ma peau ne pleure

Que la nuit

Dans des draps trop fermés

Mon corps s'abandonne

Au travail de la mort

 

J'imagine la corruption lente

Du sang

La chair qui peluche et annonce

La poussière

Les muscles dont les poches

Suintent le vide

Au réveil

Mes yeux battus d'épouvante

 

Il y a des trous dans le sommeil

Qui augurent la tombe

Les corps lourds y chutent comme des pierres

Les os en s'abîmant ont des tintements

De fer

Seul

Le rêve où je me dresse encore

Me gardera vivant

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Dominique Boudou - dans Poésies
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15 octobre 2011 6 15 /10 /octobre /2011 13:13

Une mémoire sans oubli

Pèse sur toi depuis toujours

Des souvenirs même dans le silence

Autour du pain coupé

Et tes soeurs droites sur leur chaise

Qui te regardaient tomber

Tu avais dix ans

Un train passait

Dans la neige

*

Battre les draps

Sur l'herbe des cours

Et le pliage à quatre mains

Lissé à l'ongle pour l'armoire

Tu te souviens du blanc

Où tu voyais du rouge

Enfermé dans les chambres

Le père et la mère parlant bas

Les soeurs cachées sous les lits

Et le silence qui te prenait

La gorge

*

Tu me parles de l'oncle mort

Sous la frondaison des mitrailles

Dans les grands froids

De son nom qu'on t'a donné

Pour qu'il vienne à ta place

Et chaque jour à petits souffles

Ta vie cherche son chemin

Malgré lui

*

La nuit vient chercher ton corps

Où tremble un rêve d'yeux battus

Il porte en lui ces plaintes de bois sec

Que rien jamais n'éteint

Un peu de lait tourne au gris

Dans le bol oublié

Un reste de gâteau va tomber

De la table morte

Une proie encore pour les chats

Dans ta gorge

Apprivoisés avec la mie crachée

Et tu attends la levée du jour

Pour tomber

 

NB : Le troisième poème, et notamment les quatrième et cinquième vers, n'est pas définitif. Les autres le sont davantage mais sait-on jamais...

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5 octobre 2011 3 05 /10 /octobre /2011 15:03

Je n'ai pas le temps, là, d'écrire sur la lectrice de la ligne B. Je vous offre quelques vers de Battre le corps. Il y aura vraisemblablement un livre mais l'éditeur souhaite qu'il y ait davantage de textes. Si l'ouvrage paraît, en principe en 2013, je le dédierai au professeur Claire Sériès et aux patients/patientes de son service.

 

Tes pas la nuit dans la maison

Quand penser ne peut plus rien

Contre les ombres qui t'effacent

Marcher encore

Jusqu'à devenir sans visage

Dans le mouvement des plaies

Mon corps ne tient plus le tien

La nuit va fondre mes mots

Tu vas tomber

*

Tes mains blanchies jusqu'à l'os

Autour du lait

Tenir avec ce peu

Dans le corps creusé

Pour chercher quoi parmi les fatigues

Un voile passe devant tes yeux

De la neige dis-tu

Surgie de tes anciennes tourmentes

La neige comme le lait

Improbable

*

Ton corps absent du pain

Courbé sous la fièvre

Tes yeux sont trop grands

Un train passe

Un chien aboie

Une rumeur encore

Qui rappelle ta mémoire

Sur tes lèvres sèches

*

Un fruit sur un coin de table

Livré aux meurtrissures

Et tu regardes ta peau pareil

Qui s'en va avec la faim

Je ferme les mots dans ma bouche

J'abaisse mes paupières

Ne plus voir le trou au coeur du fruit

Où tu pourrais te jeter

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21 septembre 2011 3 21 /09 /septembre /2011 12:53

Lorsque je me suis assis à côté de la lectrice de la ligne B, elle venait de commencer un roman. Sa concentration a aussitôt retenu mon attention. J'ai déjà vu des gens avec un livre dans le tram, mais il s'agissait d'un feuilletage pour distraire le temps. Le téléphone portable aux applications multiples, ce bourreau des plaisirs sans conscience, avait tôt fait d'émettre son rappel à l'ordre.

Je déteste les téléphones portables. Il me plaît de croire que la lectrice de la ligne B n'en a pas. Ou, si elle en a, qu'elle a su résister à sa dictature. Comme, c'est notable, elle a résisté à la dictature du bronzage étale de juillet, des lunettes de soleil piquées dans les cheveux ou, encore, de la quincaillerie bijoutière.

La lectrice de la ligne B n'appartient pas totalement à son époque. Elle a un pied dedans et un autre dehors. Elle est, comme le tram lui-même, une espèce d'intervalle insaisissable. Elle empêche comme lui ce récit de tenir debout. Mon écriture ira donc tantôt couchée par la fatigue tantôt dressée sur ses ergots mal taillés. Elle ne dira aucune histoire en bobine.

Le tram en freinant émet parfois un sifflement qui me fait penser à du vent. Un vent écorché, dont la nappe se déchire par le milieu et laisse entrevoir un autre paysage. Le tram est un bateau sur le sable et des ajoncs fouettent ses flancs. Les hautes façades de la ville, les bordures aux arbustes courbés, les jardins des pas perdus le long de la Garonne ont en s'évanouissant des lenteurs de sortilège. Je pense au livre de la lectrice. L'arrivée des tempêtes de Mercedes Lackey. Je devine à la couverture qu'il s'agit de fantasy anglaise ou américaine. En plusieurs tomes dont les rebondissements, tôt ou tard, finiront par agacer, feront bâiller. Je n'ai pas vu la lectrice de la ligne B bâiller. Elle est prise dans le sortilège des pages comme je suis pris dans celui du paysage évanoui. C'est dans cette comparaison que nous tenons ensemble, dans une durée qui n'a pas de présent.

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