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Jacques Louvain, peut-être

par Dominique Boudou, carnets, extraits, en-cours etc.

9 avril 2012 1 09 /04 /avril /2012 10:24

Une silhouette sur un pont

Elle ne dit aucune présence

Aucune solitude

Dans la lumière montée du contrebas

Son ombre fait des hachures

Longtemps après mon passage

Mais comment les rassembler

Pour dessiner un homme

 

*

 

Ce ne sont pas mes yeux 

Qui voient les plis du paysage

Pris dans la vitesse du train

Ma pensée ne sait pas les arranger

Je les sens pourtant qui traversent mon corps

Leurs fragments me pétrissent

Comme un limon

 

*

 

D'autres ponts sur le chemin

Chacun son parapet de bure ou de dentelle

Dans la lumière mal dépliée du jour

La silhouette aperçue

Me ressemble enfin

Je peux dormir

 


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8 avril 2012 7 08 /04 /avril /2012 16:49

(off)

 

Il n'y a pas de place Saint-Christoly à Alcalà de Henares mais il y a une place Alcalà de Henares à Talence, toujours sur le trajet de la ligne B qui s'en va jusqu'au centre de Pessac. Coupée en deux par la circulation, cette place est en fait un couloir pour les vents. On ne s'y promène pas. On y musarde encore moins. On attend la prochaine rame sans rien voir. Les terrasses des cafés et des brasseries, les affiches géantes du multiplex qui fourgue du cinéma à consommer rapidement empêchent le regard. La proximité du campus universitaire conduit là toute une jeunesse gourmande de frites américaines et d'effets spéciaux. Comment un paysage saurait-il exister dans un environnement aussi hostile ? Comment le petit espace vert dédié au repos, avec ses arbres qui paraissent venir de nulle part, pourrait-il accéder au statut de jardin, de simple jardin ? Il y a pourtant, un peu en retrait, un immeuble qu'on peut remarquer si on s'en donne la volonté. Un ingénieux parement métallique ajouré de feuilles d'érable en recouvre la façade et c'est un plaisir pour les yeux. Qu'on la regarde de face ou de biais, de près ou de loin, la lumière de jour comme la lumière de nuit y compose des écrins changeants : sous-bois à l'affût dans la pénombre, frondaison frémissante aux soupirs de la brise ou, carrément, tapis volant pour aller tutoyer les étoiles. Au rez-de-chaussée, l'amateur de flibuste écossaise Jean-Pierre Ohl essaie de vendre de la littérature dans la librairie Georges. Aux étages supérieurs, une structure culturelle essaie d'animer la banlieue endormie. Talence est une ville que je traverse désemparé. La place Alcalà de Henares pourrait en constituer le centre. Ce serait possible avec un peu de fantaisie. Ce serait viable avec un peu d'audace. La fantaisie, l'audace, à hauteur d'homme, n'ont plus droit de cité nulle part en matière de paysage ordinaire. Les architectes, les bâtisseurs ont renoncé à la notion de durée. Les fous qui dressaient les cathédrales sentaient, même confusément, que les petits enfants de leurs petits enfants recevraient leur oeuvre en héritage. Les résignés qui dressent aujourd'hui les nouveaux quartiers savent qu'ils ne transmettront rien. Les immeubles crouleront sous les lézardes avant la fin du siècle. L'argent destiné aux espaces verts sauvera les vieux parcs mais délaissera les parcelles mal plantées des coins trop neufs. Les habitants, soumis au transit de la mobilité, ne feront jamais souche dans ce paysage jetable. Emporté par tous les vents.

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4 avril 2012 3 04 /04 /avril /2012 16:22

place Saint-Seurin, 5

 

Un soleil trop généreux pour la saison dénude déjà les épaules des jeunes filles, fait courir un chien sur la pelouse, après une balle ou un rayon. Les bourgeons de mars ont pris de l'avance dès la fin de janvier. Le petit peuple des insectes aussi, qui trottine dans les fissures du bois et de la terre. Je laisse aller mes pensées au hasard de leur marche improbable. Je ne sais ni ce qu'elles sont ni ce qu'elles font. Le paysage s'abolit lentement de lui-même. J'entends à peine la rumeur des voitures qui ceinture la place. Comment le temps passe-t-il en ce moment où je m'oublie ? Que va-t-il déposer, que je ne verrai pas, sur le banc qui m'accueille ? Je regarde sans m'en apercevoir mon mantea&u que j'ai ôté. Il est peut-être, comme les livres dans l'armoire vitrée, une offrande aux gens de passage. Empruntez-le un jour, deux jours, mais ne manquez pas de le rapporter. Et, si vous aimez la lecture, pensez à ce que ses poches peuvent contenir de mots. Des manteaux et des livres pour traverser les saisons. De place en place. De station de tram en station de tram. Le réseau magnifique que cela ferait... Le chien amateur de balles et de rayons se campe devant moi en frétillant. Gratte le sol, met sa patte sur mon genou. Je reviens enfin au monde. L'église. Le square avec ses balançoires et son toboggan. La statue du général qui me tourne le dos. De Monsabert. Je commence à imaginer une galerie de portraits dans un château. Cliquetis de médailles sur des poitrines bombées. Pour un peu, des boulets de canon puis des obus se mettraient à pleuvoir. Mais le chien lance un aboiement. La pression de sa patte s'accroît sur mon genou. Il aura deviné que j'ai un rendez-vous. Que je risque d'être en retard à trop vagabonder. Je me lève. Je le caresse entre les oreilles. Mais il aboie encore. Ah ! oui, mon manteau. Merci, le chien.

 


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26 mars 2012 1 26 /03 /mars /2012 11:04

Un conte pour enfants sans la lettre e.

 

Mon chat Pompadour, divin marquis dans son couffin cossu, grimpa sur un banc au fond du jardin. Il avala un limaçon qui passait par là. Un ouragan, ayant tout vu, gronda.

- Vilain chat ! Vomis ton limaçon ou tu vas mourir !

Pompadour, qui n'avait plus faim, ricanait dans son poil froufroutant. Il bondit d'un mur au toit du voisin puis apostropha l'ouragan.

- Tu fais quoi là ? A rugir pour un asticot sans gras ? Ca vaut pas un radis, ton truc ! J'y crois pas.

L'ouragan, surpris, baissa d'un ton.

- J'ai faim, moi aussi.

- On dirait pas.

- J'ai maigri. Parti du Canada au mois d'avril, mai puis juin m'ont vu au Nicaragua, au Chili. Un travail colossal. J'ai abattu cinq tours à Toronto, dix à Santiago.

Pompadour, dont la toison d'or frissonnait d'un grand plaisir, n'ajouta pas un mot. L'ouragan n'avait pas fini son discours, pour sûr.

- J'ai mal partout. Aux bras, au cou ! Mon poumon droit pâtit. Mon côlon itou. L'air du Canada, l'air du Chili, si corrompus, m'ont occis.

Pompadour poussa un long soupir. Il avait, jadis, connu la faim dans un sous-bois obscur. Il avait craint la mort. Mais l'ouragan valait-il qu'on l'aidât ? Lui qui ruinait, massacrait tout pays où il soufflait !

Un papillon trottinait au bord du toit, montrait son habit blanc à ronds noirs. Un parfum d'acacia avait soudain jailli du sol. Il flottait dans la foison du soir naissant. L'ouragan l'aspira, tituba, voulut dormir.

Pompadour, trop bon qui sait, s'apitoya. Il nourrit l'ouragan du papillon puis lui offrit un grillon.

- Va, dit-il, ton poumon droit souffrira moins d'ici trois jours.

L'ouragan fut pris d'un vibrant sanglot dont il fit un chant d'amour.

- Plus jamais la mort, promit-il, ni à Santiago, ni à Toronto.

Pompadour, satisfait, cracha son limaçon toujours vivant. L'animal tordu galopa jusqu'à l'humus sous l'acacia odorant. La nuit tomba. Un vasistas s'ouvrit alors dans la maison du voisin. L'ouragan y dormit un an. Pompadour parfois l'accompagnait. Un chat, un ouragan, blottis corps à corps dans la paix. Voilà un roman touchant, oui, touchant.

 

Les mots difficiles :

froufroutant, qui fait du bruit comme un tissu, satin ou soie

apostropha, interrogea

pâtit, souffre

côlon, organe du corps humain

itou, aussi

occis, tué

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Dominique Boudou - dans Carnets
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21 mars 2012 3 21 /03 /mars /2012 13:44

Les raisons de se réjouir ne sont pas si nombreuses. Sans la volonté de piocher çà et là un peu de contentement, on se prend vite les pieds dans la tristesse. Alors, tout à trac et en vrac, je salue le printemps des poètes. Je viens de découvrir un blog de belle tenue, celui de Murièle Camac, Les portes de la perception. J'y ai butiné la phrase de Juan Gelman poète argentin, que j'ai aussitôt notée sur mon petit carnet : " Tu ne sais pas ce que tu vas écrire. Alors, le voyage vers le poème, c'est ça : la distance entre ce que tu sais et ce que tu écris". A propos des blogs, allez farfouiller dans ma liste et celle des autres. La poésie est vivante, d'autant plus vivante que les temps nous ballottent dans le noir. Mais il faut lire les livres des poètes aussi. Prenez donc ma petite liste dont les titres sont disponibles soit en librairie soit sur les sites des éditeurs :

- Penser maillée, Murièle Modély, éditions du cygne

- Bougies noires, Abdallah Zrika, éditions de la Différence

- Seulement la vie, tu sais, Brigitte Giraud, éditions Rafael de Surtis

- Le balayeur du désert, Salah al Hamdani, éditions Bruno Doucey

- Vrouz, Valérie Rouzeau, éditions de La table ronde

- Dans la poigne du vent, François-Xavier Maigre, éditions Bruno Doucey

 

Parmi les anthologies, je conseille vivement celle de Bruno Doucey : Enfances regards de poètes. Vous y croiserez, entre autres, Salah al Hamdani, Isabelle Lagny, Ghislaine Amon, Jacques Ancet, Henri Bauchau, Luc Bérimont, Laurence Bouvet, Régine Detambel, Guy Goffette, Charles Juliet, Yves Martin, Ernest Pépin, Valérie Rouzeau et... même moi.

Et puis et puis, il y a tous ces passeurs de mots que sont les compagnies théâtrales. A Bordeaux, grâce au théâtre des Tafurs, j'ai découvert depuis dix ans des ribambelles de voix qui m'ont touché : Valérie Rouzeau encore, Antoine Emaz, Lionel Bourg, Raul Nieto de la Torre, Tania Langlais, Seymous Dagtekin, j'en passe j'en passe...

 

Et puis et puis tous ces éditeurs qu'on dit petits par la surface financière mais qui sont grands par tout ailleurs. Mais, non, pas de deuxième liste. Faites un tour sur les sites dédiés à la poésie pour les découvrir.

 

Et puis et puis enfin enfin, tous ces sales gosses qui savent écrire de la poésie affranchie dès lors qu'on leur en laisse un peu la liberté, de la maternelle jusqu'au lycée. Je leur délivre ce message : C'est parce que vous êtes des sales gosses que vous écrivez bien. Surtout, ne devenez jamais trop propres, car s'éteindraient sous votre peau tous les mots en bourgeons.

 

Voilà, j'ai dit. Que vive le printemps des poètes longtemps longtemps !

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Dominique Boudou - dans Carnets
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14 mars 2012 3 14 /03 /mars /2012 16:51

(off)

Un mur sale après la boucle des écluses. Le tram avance au pas. Je lis ces mots tracés au pinceau avec un fond de peinture noire : FUTURE IS A JOKE. Je pense à ce qui reste de l'usine derrière le mur. Métal rouillé. Parpaings lépreux. Gangrène des ronciers drogués aux hydrocarbures. Terrain d'aventures, peut-être, pour adolescents téméraires. Je regarde autour de moi les voyageurs. Que se disent-ils en lisant ces quatre mots ? Que vont s'imaginer les plus âgés d'entre eux, dont la vie désormais loge dans un petit paquet de souvenirs ? Le crépitement d'un coq à l'intérieur d'un téléphone portable, suivi de quelques onomatopées bougonnes, me fait sourire. Le présent aussi est une plaisanterie, là, dans ce mauvais bruit de basse-cour. Un comique de situation plutôt qu'un comique d'état. Pourquoi le futur serait-il en soi une plaisanterie ? Ou alors, pourquoi le serait-il plus que n'importe quelle autre chose ? Le tram passe maintenant devant le chantier du pont Lucien-Faure. Les travaux avancent de plus en plus vite. Des engins mécaniques partout, des bobines de câbles aussi, des buses de petit diamètre et de grand diamètre, des barrières en tous genres incapables de circonscrire un espace qui empiète sur celui de Cap-Sciences. La façade du Nautilus en deviendrait presque touchante dans sa fragilité. Comment résistera-t-elle à l'avalanche du béton et de l'acier, aux trépanations du sous-sol ? D'autant que l'autre chantier, moins difficile à réaliser, progresse encore plus rapidement. L'immeuble qui abritera le siège social d'une entreprise d'envergure internationale est déjà vitré. De l'agencement intérieur, personne ne verra rien. Personne ne saura rien du passage des gaines électriques, des conduits entre les cloisons, des fibres optiques pour les télécommunications. Comme s'il y avait un secret à sauvegarder. C'est alors qu'apparaît dans mon champ de vision la flèche de l'église Saint-Michel. Je la regarde en pensant aux mots qui disent que le futur est une plaisanterie. Je souris de nouveau. J'imagine la charpente de l'édifice. Un jour, avec mille précautions, il faudra en remettre à nu le bois, y injecter un répulsif contre termites et capricornes. Stupéfait, un ouvrier lira sur un linteau, en latin : le futur est une plaisanterie. Je ne souris plus. J'ai tout soudain mille ans.

rue rodrigues-Pereire, 3

Le paysage est une volonté. Il faut, dans cette rue quelconque, passer et repasser un regard aiguisé. Dresser, pourquoi pas, des inventaires. Morceaux d'objets en bois ou en métal découverts sur la chaussée. Variétés d'ivraies au pied des murs. Petits papiers perdus qui disent à bas bruit la vie des habitants : listes de courses griffonnées sur des post-it, prospectus d'artisans et de prestataires de services à la personne, tickets de caisse. Evidemment, comme toujours, l'imagination emboîte le pas à la volonté. L'un de ces petits papiers pourrait être une carte de visite tombée d'un livre. Un roman à l'eau de rose aussitôt naît. Rencontrer la titulaire de la carte, jolie et intelligente, la séduire, lui faire accepter un rendez-vous autour d'un café, en après-midi pour commencer et... obéir au rappel à la réalité d'un automobiliste qui klaxonne : rêvasser au milieu de la rue comporte bien des dangers.

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3 mars 2012 6 03 /03 /mars /2012 12:59

place Saint-Seurin, 4

 

Une mère et sa fille de quinze ans sur un banc. Le temps est doux, propice à toutes sortes de vagabondages. La mère lit Jane Eyre à haute voix. La fille fait la moue, trépigne dans ses baskets, regarde par-dessus son épaule des jeunes sur un autre banc plus loin. J'observe ce délicieux manège d'une mère avec sa fille en tirant de larges bouffées sur ma cigarette. Un écran de fumée pour ne pas être remarqué. La fille, notamment, me soupçonne de m'intéresser à son désarroi. Son regard est noir quand il croise le mien. J'ai envie de rire. Je feins de suivre le flux de la circulation autour de la place. Je m'attarde sur quelque voussure ébréchée de l'église. Cependant que la mère continue à lire des pages et des pages. En souriant. Je ne me souviens pas que Jane Eyre soit un roman qui prête à la légèreté. Je me dis que la mère prend du plaisir à enquiquiner sa fille. Les jeunes sur le banc plus loin ont l'air de s'amuser. Ils boivent de la bière, fument du tabac roulé. Parfois, leurs bras décrivent des gestes plus grands qu'eux, ponctués par des rigolades à n'en plus finir. La fille de quinze ans, obligée d'accompagner la lecture d'un grommellement, voire d'un mot tout entier, rumine ses malheurs. Elle n'en voit pas l'issue. Si au moins il pleuvait ! Mais le ciel est d'un bleu comme on n'a pas idée, insupportable. Et si le ciel lui-même devient insupportable, plus rien ne vaut d'être vécu. Je prends soudain l'adolescente en pitié. J'imagine les diversions qui pourraient interrompre le supplice. Un fort abat d'eat et de grêle, cisaillé par une tempête. Un carambolage entre plusieurs voitures : imprécations, claquements de portières et klaxons rageurs. Arrivée d'un car de police. Ou, plus improbable, passage parmi nous d'une troupe de clowns avec trompettes et serpentins. Je me lève en soupirant moi aussi. Encore une fille qui n'aimera jamais lire !

 

place Saint-Christoly, 3

 

J'imagine l'existence d'une place Saint-Christoly à Alcalà de Henares en Espagne. La tentation est forte d'y planter quelques arbres dont les racines soulèvent par endroits les pavés. S'en suivraient automatiquement des arcades sous lesquelles toutes sortes de commerces vendraient toutes sortes de produits locaux : jabugo, chorizo, olives baignant dans la saumure et, comme partout en Espagne, les boutiques obscures des souvenirs à l'attention des touristes parqués sur les terrasses. Vers huit heures du soir, au moment du paseo assaisonné de tapas trop huileuses, la place retentirait de criailleries, de sous musique andalouse, et les gosses du quartier, affamés de graines de tournesol, ajouteraient leurs vociférations. La pauvreté de mon imagination pourrait tout aussi bien camper un décor de semi banlieue avec un rond-point si artificiel qu'il en serait risible. Et il y aurait des travaux. Ici une banque. Là un vendeur de téléphonie mobile. Du bruit encore. De la poussière. Insupportable sous les chaleurs d'été comme sous les trombes de pluie. La vie, pourtant, parviendrait à résister. Les habitants descendraient de chez eux des chaises pliantes et des glacières. Ils oublieraient que les architectes qui ont réaménagé la place ont refusé d'y installer des bancs en accord avec les autorités municipales. Un peu plus loin, des groupes d'adolescents écouteraient de la musique qui n'aurait rien d'andalou. Je finis mon verre de Chardonnay blanc, je souris au serveur dont le catogan accuse une indéniable fatigue et je rentre chez moi. Je ne sais pas comment mes pensées floues m'ont mené jusqu'à Alcalà de Henares. Aurais-je entendu sans m'en apercevoir des gens parler en espagnol ? Ai-je trouvé si quelconque la place Saint-Christoly que, le vin aidant, j'aie voulu la transporter ailleurs ? Serait-ce le même désir qui me conduit maintenant à la regarder sur Google earth, en street view ? Je ne me suis jamais autant approché du bistrot que je viens de quitter. Je vois les tables à l'intérieur, une partie du comptoir. Je lis sur l'ardoise géante où s'écrit le menu au jour le jour qu'on peut commander une salade paysanne. Mais il n'y a personne pour en manger. Le café est fermé. Cette image du satellite a été prise un dimanche. La place est pareillement vide. Seul, un couple monte la rue du Temple. Cependant que deux ménagères de cinquante ans bavardent à l'angle du théâtre Molière. Des voisines, sans doute, qui s'apprécient assez pour parler comme ça, un dimanche. J'éteins Google earth. Je ne sais plus, tout à coup, où se trouve le paysage. Je ne sais plus ce qu'il dit, ce qu'il cache. Et je deviens moi-même une question.

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27 février 2012 1 27 /02 /février /2012 12:22

Un éclat de lumière

Et sa patine contre un tronc

Qui ne dit rien

Pas même le jour venu

Qui me tiendra pourtant

Jusqu'au soir

*

Les heures me traversent

Sans dépôt

Comment m'étonner

Avec ce vide

*

Mes gestes sont d'un autre corps

Mes mots d'une autre langue

Aucune ombre dans leurs traces

Qui désignent mon absence

Je n'ai pas besoin d'être

*

Abolir en soi

Ce qui pourrait rester du paysage

Dissoudre l'éclat de lumière

Dans son silence

Passer plus léger

L'épreuve du retour


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21 février 2012 2 21 /02 /février /2012 13:42

Ma mémoire n'a plus de durée

Pour égrainer ton chemin

Mes mots ont du sable dans la bouche

Comment retrouver le commencement

De ton corps battu

Dire le premier geste

Qui a repoussé le pain

Quelle lumière il faisait sur la table

*

Tu ne sais plus dans quelle vie

Tes pas puisent encore des traces

Les heures n'ont plus de jour plus de nuit

Où nous pourrions nous tenir

Je rejoins les lieux sûrs de mes rêves

Anciennes rondeurs de coteaux

Avec leurs ombres assoupies

Quand l'été faisait silence

Et que j'essayais mes premiers mots

Avec l'ennui

Lieux sûrs aussi des mémoires inventées

Pour que ma peau ne s'en aille pas

Comme ta peau s'en va

*

Les mots du carnet blanc

Sont devenus un livre

Des petites morts dans la paume des mains

Et j'ai peur de ta peur

De la neige absente de tes pages

Effacée par qui en toi

Je referme ton livre comme un couteau

 

N.B. : J'en ai bientôt fini avec Battre le corps et tant mieux car il me sort par les trous de nez et même les autres. 

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18 février 2012 6 18 /02 /février /2012 12:45

Un oiseau mort dans la boue du chemin

Le poser sur l'herbe

Etre lui avec ce geste

*

Souvenirs d'eaux et de brumes

Dans la gorge des fossés

Et mes enfances de peupliers

Qui n'attendaient rien

Déjà

*

Le vent rebroussait les prés

Quand l'eau remontait des puits 

Des voix recherchaient les berges perdues

Qui ont fourbi ma langue

*

Revenir on ne sait comment

A l'oiseau

Sur un autre chemin


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