Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Jacques Louvain, peut-être

par Dominique Boudou, carnets, extraits, en-cours etc.

19 décembre 2011 1 19 /12 /décembre /2011 11:22

Le radiateur à côté de moi a de la cire dans les oreilles. Ma tête bourdonne. Je ne suis pas moins une chose que le radiateur. Aucune pensée ne m'agite en ce sombre lundi. Aucun désir ne me porte à entrer là ou là. Je lis Les révoltés de Sandor Marai sans me demander ce qui les anime. J'écoute le radiateur. Les heures peuvent bien passer avec leurs fibres emmêlées. La lumière, sale aussi, ne m'inspire aucun commentaire sur la tenue de ses grains. Tristesse ? Blues ? Pas du tout. Les choses ignorent les petites mélancolies. Le radiateur ne se plaindra jamais. Moi non plus. J'ai, comme lui, depuis toujours, de la cire dans les oreilles et je ne me suis jamais plaint. Tout à l'heure, je reprendrai ma lecture de ces jeunes Hongrois prisonniers de leurs aspirations à la liberté et je répandrai sur les pages la fumée de mes cigarettes. J'irai au robinet boire un filet d'eau. Je dirai une bêtise au chat. D'autres heures passeront. Puis je partirai vers la ville. Mon corps sera posé comme un paquet dans le tram. Alors, peut-être, réveillé par je ne sais quoi, il commencera à vivre. Il ne sera plus une chose mais une idée. Et j'irai à travers lui perdre toutes les choses et toutes les idées, plus aplaties que des ombres. Moi, je ne serai jamais prisonnier de ma liberté.

Partager cet article

Repost 0
Dominique Boudou - dans Carnets
commenter cet article

commentaires

dominique boudou 23/12/2011 16:54


Mon radiateur chante. Je ne lui ai pas encore appris à écrire.

PhA 23/12/2011 14:48


Et que lit-il, ton radiateur ?

marie-claude 20/12/2011 19:09


il est des jours comme ceux-là, où tout semble vide ... mais quel art de l'écrire !


amitié .

Françoise Biger 20/12/2011 17:51


Votre "Chantier" me rappelle sacrément la bande dessinée de Kris et Davodeau ; un homme est mort. Atmosphère rude à travers une langue rude, sans fard.


f. biger

deb 19/12/2011 12:02


Magnifique sobriété d'écriture... Du funambulisme au-dessus des mots... du grand art.