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Jacques Louvain, peut-être

par Dominique Boudou, carnets, extraits, en-cours etc.

10 février 2011 4 10 /02 /février /2011 13:01

Théus a commencé par me dire en effet qu'elle avait tout compris. Depuis longtemps, a-t-elle ajouté. Ses yeux se sont ouverts en grand sur moi, avec au milieu cette brillance verte qui la faisait plus que jamais ressembler à un bel oiseau. Nous étions assis face à face, chacun sur notre canapé de lecture. Un bol d'apérifruits tremblotait à portée de mes mains raides. Une mouche est passée, un peu verte aussi mais sous le ventre. J'ai pensé à un bombardier. Il allait lâcher ses bombes, creuser des cratères ; un endroit idéal pour disparaître.

J'ai écouté d'une oreille distraite les justifications psychologisantes de Théus. Pas de papa-pas de maman-pas les mots qui disent-pas d'enfance comme l'enfance-pa-pa-pa-man-man-man.

J'ai en revanche sursauté quand elle m'a dit que mon proviseur l'avait appelée et qu'il lui avait servi un discours sur la nécessité de construire. C'est à ce moment-là qu'elle a pris sa décision. Le nom de Théus lui est venu tout de suite. Théus. Un nom d'aventurière dans un roman. Epique. Transfiguratrice. Escalader les murs sans ciller.

Il existe une ville qui s'appelle Cordon jaune, a dit Théus en tapotant la grosse enveloppe sur la table, nous partons demain à midi. Douze heures de vol jusqu'à Mexico et encore une douzaine en voiture avec un guide. 

La mouche, comme si elle aussi avait tout compris, décrivait dans l'air des loopings obstinés. J'ai demandé à Théus s'il fallait préparer nos bagages, régler des formalités, passer des coups de téléphone. Elle m'a répondu que Jacques Louvain devait se débarrasser de l'inquiétude qui taraudait trop souvent Dominique Boudou et qu'elle avait tout organisé. Nous étions attendus à Cordon jaune. Après, il suffirait de se laisser aller. 

Je n'ai pas demandé à Théus ce qu'elle entendait par là. Je lui faisais confiance. Tout irait bien. Je me suis endormi sur le canapé, bouche ouverte, et j'ai rêvé encore d'aiguillages. Le cerveau de Jacques Louvain travaillait sans relâche. Traçait des chemins, des routes, modelait çà et là des plaines ou des vallons, creusait des tunnels, érigeait des tours. Construire, avait dit le proviseur de Dominique Boudou. Mais Dominique Boudou n'y était pas parvenu. Matériaux trop lourds à porter. Pression atmosphérique empêcheuse de mouvement. Jacques Louvain réussirait, lui. Avec Théus. Ou sans.


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commentaires

C comme Corinne 27/02/2011 02:02



Murièle a raison. cette phrase est superbe


"Que des yeux s'ouvrent en grand sur moi", quelle vanité tout de même



Murièle 12/02/2011 01:56



tout me plaît dans cette histoire... Jacques Louvain part, on suit Jacques Louvain et puis ça :


"Ses yeux se sont ouverts en grand sur moi, avec au milieu cette brillance verte qui la faisait plus que jamais ressembler à un bel
oiseau"


superbe !



dominique boudou 11/02/2011 23:36



A Filca, je relis Le double. Pour voir et revoir.



Filca 11/02/2011 20:08



Vous lisez "Le double" ? Un hasard ? Une nécessité ? Les deux ?



marie-claude 11/02/2011 17:37



Partir !


Quitter tout ce qui était Dominique ... et ailleurs se construire ... léger  voler vers son cordon ombilical ?


amitié .