Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Jacques Louvain, peut-être

par Dominique Boudou, carnets, extraits, en-cours etc.

16 janvier 2012 1 16 /01 /janvier /2012 12:52

rue Vital-Carles, 1

 

Pour moi, la rue Vital-Carles, c'est Mollat. Plus qu'une librairie. Un rituel. Les livres d'art d'abord. Invariablement, le nom à consonnance polonaise ou russe d'un historien de l'art me fait penser à une jeune dame brune que j'aimai trop et qui ne m'aima pas assez. Je passe mon chemin. Je lis d'autres noms, de grands et de petits maîtres, sur des couvertures qu'il m'arrive de toucher, de caresser même. Je m'enfonce un peu plus dans le labyrinthe de cette librairie qui fut, qui est peut-être encore, la première de France. Histoire. Géographie. Sociologie. Voyages. Dictionnaires de langues. Je feuillette ici ou là. Parfois, je tente une incursion du côté des livres pour enfants. Il n'y en avait pas autant dans les années cinquante-soixante. Toutes ces couleurs, là, sous mes yeux, pourraient m'étourdir de mauvaises comparaisons. Puis j'entre  dans la librairie historique avec son vieux bois. Je dédaigne les humanités grecques et latines car je n'y connais rien mais je m'arrête longtemps au rayon poésie. J'ouvre quelques volumes. Je butine des vers ou des mots seuls, des sons, des couleurs, et même les blancs dans les pages me disent quelque chose. Après, je pénètre dans l'immense forêt des romans, sur les tables et dans les rayons. Un regard à l'éditeur à l'étoile bleue, un autre à l'éditeur aux trois italiques. Le rituel n'est pas fini. J'arpente en quelques pas tous les continents de la littérature. Quelques-uns seulement me sont familiers. Tout en demeurant étranges. Souvent, une espèce de tristesse me prend. J'ai beau prêter l'oreille aux voix inconnues, je sais que je ne les entendrai pas toutes. Alors je vais voir les livres de poche. Je ne dédaigne aucun genre. Quelques héros de polars historiques me retiennent un moment. Où en sont-ils au dixième tome de leurs aventures ? Eprouvent-ils un commencement de lassitude, l'âge venant ? Eternelles questions des hommes que la conscience taraude. Foret sans fin qui accompagne mes pas vers l'espa ce où sont les livres de philosophie. Défricher puis déchiffrer. Aurai-je assez du reste de mes jours ?

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Gilbert Pinna 23/01/2012 17:07


... cette ivresse des librairies, et cette fatigue profonde qui vide tout le corps.

Francesco Pittau 17/01/2012 09:45


Mollat, je ne connais pas en vrai... la dernière fois, c'était fermé... je m'étais pointé trop tard... mais le périple, je connais...

marie-claude 17/01/2012 06:42


comme je ressens ce texte, pour avoir mille fois si pas davantage, fais les mêmes gestes ... pensé les mêmes idées, et qui sait acheté les mêmes livres ... mais pas chez Mollat !


amitié .