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Jacques Louvain, peut-être

par Dominique Boudou, carnets, extraits, en-cours etc.

28 janvier 2011 5 28 /01 /janvier /2011 17:49

Quand je rêvais que j'étais Jacques Louvain et que je lui tirais une vie au cordeau tout allait bien. Maintenant que je suis vraiment Jacques Louvain ce ne sont que hoquets adipeux sur le chemin. A commencer par la voiture. Finalement, Je ne conduis pas mieux que Dominique Boudou. Ou alors, c'est qu'il faut à Jacques Louvain un véhicule d'un autre calibre qu'une Clio de 1998. Une berline dont le moteur serait un chant à la moindre caresse. Un pot qui feulerait dans l'écho des côtes dérobées. Mais il y a d'abord ces vêtements à acheter et ce n'est pas une petite paire de manches. Premièrement : entrer dans la boutique. Deuxièmement : foncer vers le rayon idoine. Et c'est le coup d'arrêt dans les oreilles. Cette musique qui lancine. Ces étoffes qui se dandinent sur les cintres. Glissent entre les doigts. Font de l'électricité jusque dans la nuque. Puis une voix déboule, perchée à un mètre cinquante sur des semelles en forme de paquebot. Elle propose ceci, cela, ceci encore, puis cela tellement super, pousse Jacques Louvain vers une cabine moins large qu'un cercueil, ajuste le pli d'un pantalon, retoque la tenue d'une chemise, fait des mimiques cependant que ses seins ballottent. A la caisse, une autre voix, toute pareille, imprime une carte de fidélité au nom de Jacques Louvain.

A la maison, ma femme me déleste de mes paquets et me demande ce qui m'a pris. J'ai sur les lèvres le sourire de la béatitude. J'essaie presque de bon gré les trois pantalons, les trois chemises et les trois vestes. Je glousse en laçant les trois paires de chaussures. Devant la glace, Jacques Louvain a l'air d'un monsieur sortant d'un conseil d'administration. Ma femme est contente, joyeuse même. Je lui plais.

Plus tard dans la journée, j'ai ouvert fébrilement le livre blanc que j'ai acheté à la papeterie du quartier. J'ai écrit la date : 29 janvier 2011. J'ai noté le temps : froid mais un peu de soleil, sept degrés. Puis je suis resté une demi-heure sans pouvoir écrire. Après avoir dépecé le capuchon de mon stylo, je me suis dit que la mémoire de Jacques Louvain prendrait plus solidement racine si je la reliais à un événement extérieur, petit ou grand. Alors, au-dessous de la date et du relevé météo j'ai écrit ça, en grosses lettres penchées : Nelson Mandela, infection respiratoire aiguë.

Enfin, j'ai pu lâcher mon écriture. Elle courait sur le papier comme des pattes de cousin. Le songe n'est pas une vie. Le songe n'est pas une vie. Pas une vie. Pas une. Et j'ai évoqué les seins de la vendeuse à la boutique Célio. Leur balancier. Jacques Louvain est très sensible aux seins.

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commentaires

C comme Corinne 03/02/2011 20:43



On soulève le capot et la vie n'est plus un songe...un bon moteur 6 cylindres, une belle paire de seins. Du réel à toucher, à essayer.



brigitte giraud 29/01/2011 17:13



La vie n'est pas un songe ? tout le dit dans ce qu'exprime Jacques Louvain. Je n'ose pas l'appeler Jacques. Il faut du temps pour la rencontre. Louvain ? Oui, Louvain, c'est pas pareil, plus
simple à dire. Et puis la conférence de Lacan, Jacques Lacan s'est tenue à Louvain, dans les années 60. Il y a des résidus à rechercher par là-bas, peut-être. Dominique Hasselmann n'y faisait-il
pas référence ? Un lieu. Une résidence.



Dominique Hasselmann 29/01/2011 13:32



Un jour, Jacques Louvain croisera peut-être Benoît Dehort (il faudrait lui donner l'adresse où sévit cette vendeuse).