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Jacques Louvain, peut-être

par Dominique Boudou, carnets, extraits, en-cours etc.

14 février 2011 1 14 /02 /février /2011 10:45

Le pilote annonce qu'il reste deux heures de vol et que la météo à Mexico est au beau fixe. Nous sommes dans l'avion depuis dix heures. Une évidence pour Théus mais pas pour moi. Comment reconstituer cette durée ? Jacques Louvain a beaucoup dormi, regardé trois fois le western italien qui continue à passer en boucle. Il a fait la queue quatre fois dix minutes devant les toilettes et s'est demandé si sa vessie supportait l'altitude. Il s'est, surtout, posé un tas de questions dont le temps exact est impossible à établir. Bref, je suis perdu. Egaré dans des pensées plus volatiles que l'éther. Si au moins une mouche accourait ! Je pourrais suivre son fil. Bien sûr, les mouches ne sont pas des araignées. Le fil qu'elles tissent est invisible. Mais j'ai précisément besoin d'un fil invisible. Qui ne soit pas une prison pour Jacques Louvain.

Un rayon de soleil par-dessus les nuages s'est pris dans les cheveux de Théus. Il agissait comme une loupe parmi les mèches. Alors j'ai pensé au jeu de Théus. Que savait-elle vraiment de Jacques Louvain ? A-t-elle lu mon livre blanc ? Comme nous sommes partis sans bagages il est resté à Bordeaux. A peine né au monde Jacques Louvain s'éparpille déjà. La vie à Cordon jaune risque de manquer d'évidence. La brochure écrite en anglais et en espagnol est un tissu d'énigmes. J'ai cru comprendre qu'à Mexico un taxi nous conduirait à une espèce d'agence où on nous expliquerait les démarches. J'ai cru deviner que le nom de Cordon Jaune était l'émanation d'une curiosité géologique. La construction de la ville n'était pas achevée. Pas répertoriée non plus. Sur aucune carte. Elle existait donc sans exister. A mi chemin entre le réel et l'imaginaire. Comment nommer cet espace-là ? Comment en percevoir les dimensions ?

Le rayon de soleil vient de se poser sur le bout du nez de Théus. Bientôt, il s'enroulera autour de son cou avant de s'attarder sur sa poitrine. Un rayon de soleil comme un scanner. Qui saurait tout capter de Théus. Ses émotions-ses pensées-ses désirs-ses...- Et j'ai eu peur. Jacques Louvain n'est guère plus hardi que Dominique Boudou.

Vite. Aller aux toilettes. Se laisser bercer par les chevaux du western en attendant. S'accrocher au fil de la mouche inventée. Oublier le corps qui pique.

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commentaires

marie-claude 16/02/2011 17:24



oublier tout ce qui touche au passé ... et aller de l'avant, pénétrer au plus profond de la nouveauté vers cette ville qui elle aussi se crée ...


amitié . 



dominique boudou 15/02/2011 15:55



Commentaire qui n'a rien à voir : lisez l'autobiographie subjective de J.M. Coetzee, L'été de la vie, dans une construction tout à fait originale.


C'est publié par le Seuil.



brigitte giraud 14/02/2011 23:03



L'intérieur et l'extérieur sont de la même nature, peut-être. Encore flottants, contours indistincts, ténébreux... L'avion va atterrir. Tu y verras plus clair alors ?