Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Jacques Louvain, peut-être

par Dominique Boudou, carnets, extraits, en-cours etc.

19 septembre 2011 1 19 /09 /septembre /2011 11:46

Des gens vont et viennent sur des vélos à panier, évitent pour ne pas tomber le piège des rails. L'été n'endort pas complètement la ville. La pierre blonde des immeubles fermés luit faiblement. Des femmes trottinent ou pédalent. Je les observe en fumant. Mon ticket est déjà prêt dans ma poche. Dans une minute, une sonnerie à l'ancienne tintera. Je n'ai pas l'impatience de cette minute. Il reste quelques bouffées à tirer sur mon mégot, quelque corsage à épier d'une jeune qui va le nez en l'air. Parfois, un mot plus haut que l'autre semble surgir de nulle part. Il ne dit rien de particulier. Il ne vibre d'aucune émotion qui pourrait m'atteindre. Je sais cependant que je me souviendrai de lui quand je descendrai de la rame car il aura fait partie de mon trajet. Je ne cherche pas d'autre explication à sa modeste permanence. Je n'en ai pas besoin.

Je me raconte souvent que le tram est un moyen de transport plus littéraire sue l'autobus. Ce n'est pas une affaire de raison mais d'instinct. Tenu au sol par tout un réseau de lignes droites ou enchevêtrées, le tram se suspend au ciel par le champ magnétique des caténaires. Il est comme un intervalle, une marge peut-être, en mouvement entre deux géographies et constitue, à ce titre, un creuset d'écriture.

La lectrice de la ligne B, Je l'appelle ainsi faute de connaître son nom, en incarne la métaphore. Elle a une trentaine d'années et mesure un mètre soixante-dix. Les proportions de sa silhouette sont harmonieuses mais sans beauté. Son visage, qu'elle n'apprête d'aucun artifice, offre des traits passe-partout. Ses habits, jean aux jambières retroussées et chemisier tout simple, de couleur unie, ne sortent pas de l'ordinaire. De même, le banal élastique qui rassemble ses cheveux châtain n'incite guère à vouloir toucher, caresser, surprendre au travers d'une mèche une oreille un peu chaude.

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Michèle 25/09/2011 19:49



Hum ! Pas d'attrait particulier pour la lectrice de trente ans, un mètre soixante-dix ? Je fais le pari que ça peut changer. Attention Jacques L., ça fait mal, surtout quand la littérature s'en mêle...



Brigitte Giraud 20/09/2011 01:20



J'ai beaucoup lu dans le bus. Il me semble qu'on y lisait plus... moins de visibilité de l'extérieur, le paysage y était moins prégnant, on était moins passager dans le bus, je trouve.


Ton texte est beau !



marie-claude 19/09/2011 17:57



Oui, les transports en commun sont de la littérature, j'aime quand je les emprunte lire à visage découvert tous ceux qui s'expriment parfois même en se taisant ...


amitié .