Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Jacques Louvain, peut-être

par Dominique Boudou, carnets, extraits, en-cours etc.

29 mars 2011 2 29 /03 /mars /2011 14:02

Un huissier nous a introduits dans une salle de conférences. Des sièges confortables où nous avons pris place à notre guise. Les résidents du niveau 1, venus en voisins de leurs somptueuses villas, se sont aussi mélangés à nous. Pas de couleur imposée pour eux. Mais les messieurs portaient surtout du gris et les mesdames du noir perlé.

Un couple de gros s'est installé devant nous alors qu'il y avait des fauteuils libres ailleurs. Les prunelles vertes de Théus ont aussitôt grésillé. Mauvais signe. Je lui ai chuchoté que les cous des gros faisaient comme de la pâte à modeler sur le col de leur chemise.  Elle s'est détendue. M'a pris la main.

Au bout de dix minutes, le directeur de Cordon jaune s'est avancé sur une estrade. Nous a tenu un discours en anglais. Our staff is very glad to meet you in Yellow Cordon. Every one here is owner of the city, for best only. And son on. Jacques Louvain n'a pas tout compris mais le ton et les gestes du directeur étaient éloquents. Cordon jaune s'avère un projet de société unique au monde. Un développement hors les murs est déjà en cours de réalisation, avec un retour sur investissement de vingt-cinq pour cent.

Je n'ai pas écouté la suite. Je me suis dit que les cous des gros se mettaient à couler. Les épaules feraient pareil, puis...

Des applaudissements très nourris m'ont ramené à la réalité. Une hôtesse est venue à son tour sur l'estrade. Elle a dit qu'un buffet nous attendait dans la pièce d'à côté et qu'il y aurait une surprise. Les gens ont encore applaudi.

Je n'ai pas beaucoup mangé. J'ai bu plusieurs flûtes de champagne qui m'ont coupé les jambes et je me suis appuyé à une colonne en marbre rouge. Les gens du niveau 2 et du niveau 3 montraient une franche gaieté. Quelques-uns s'esclaffaient. Ceux du niveau 1 affichaient une attitude plus réservée. Les femmes restaient entre elles, portaient une main à leur bouche pour cacher leurs dents si elles riaient. 

Théus allait de groupe en groupe, butinait des mots ici ou là, faisait ondoyer ses cheveux. J'ai repensé au géant blond qui nous avait conduits, au revolver que je lui avais pris dans sa voiture et que Karlo avec un k ne m'avait pas rendu. Pour un peu je serais devenu maussade. Le marbre rouge de la colonne m'apparaissait soudain comme un stuc des plus vulgaires. J'ai eu envie de boire encore.

Mais un rideau s'est ouvert et Johnsona, très à l'étroit dans son fourreau, a fait son apparition.

Partager cet article

Repost 0

commentaires

C comme Corinne 31/03/2011 07:32



Tiens, tiens ! un grain de sable qui arriverait ? Cette Johnsona m'intrique dans sa robe fourreau, un poignard ? un bijou ?


Vite la suite...



Brigitte Giraud 30/03/2011 00:33



On a envie d'en savoir plus sur elle, Johnsona. D'où vient-elle ? Embauchée ici, par qui, pourquoi ?



marie-claude 29/03/2011 18:22



Jacques a déjà de la mémoire bien à lui, Cordon Jaune n'est pas le début ... d'une aventure et ne peut en aucun cas pour Jacques être un but en soi ... on dirait qu'il n'y trouve pas sa place ...
tout peut survenir surtout l'imprévu ...


amitié .



kouki 29/03/2011 17:52



les niveaux et les verres ... j'aime bien cette éconduite du texte