Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Jacques Louvain, peut-être

par Dominique Boudou, carnets, extraits, en-cours etc.

14 août 2012 2 14 /08 /août /2012 12:26

Parfois, sans prévenir, les mots se font la malle. On les a sur le feu depuis quarante ans et pourtant. Comment dire. Comment le dire. Comment lui dire. On a peur. On a les jambes qui flanchent. Lui dire. Lui dire qu'on aime son visage et sa voix. Lui dire que. Non. On a peur. Et le coeur flanche aussi. Et la raison raisonne. Comment ? Toi, le faiseur de mots, tu te dérobes ? Allez ! allez ! Cours-y vite, à bride abattue ventre à terre et tombeau ouvert. Oui, mais. Quoi, mais ? Rien. Envie d'écouter Léo Ferré en boucle à cent quarante à l'heure. C'est tout. Cheveux au vent forcément. Dans la danse de l'horizon qui pourrait tomber. Dans les murmures des herbes hautes le long de l'autoroute. Dans. Je ne sais pas. Lui dire, oui. Quand. Comment. Sans penser que. Bien sûr on peut tout perdre. Elle ne veut pas. Elle s'en va. Tout est perdu. On reste abruti devant un verre ou une ligne, n'importe laquelle, qu'on fixe. La raison ne raisonne plus. Une douleur fait des pointillés sur la peau. Le paysage chavire. On a tout perdu. Les mots sur le bout du coeur sont toujours les plus dangereux. Allez ! dit la raison. Rentre chez toi et dors ce que tu peux dormir. Demain, le paysage aura repris son aplomb. Et d'autres mots viendront à ta rescousse. Pour décomposer.

Partager cet article

Repost 0
Dominique Boudou - dans Carnets
commenter cet article

commentaires

marie-claude 26/08/2012 16:26


tout est dit


et le mot sur le coeur est resté ...


vague est mon âme ...

Francesco Pittau 23/08/2012 17:44


Après ça.....................................................................................................

C comme Corinne 22/08/2012 07:20


Troublant.

Claire Massart 17/08/2012 14:49


Justesse totale. Mots qui rythment le souffle. Souffle coupé. Mots étêtés, couperet de l'émotion. Fatigue.

DEB 16/08/2012 14:30


Il me semble que jamais tu n'as écrit aussi juste, avec une telle économie de mots. Tu es dans une essentialité de l'écriture qui fait toute mon admiration.