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Jacques Louvain, peut-être

par Dominique Boudou, carnets, extraits, en-cours etc.

5 septembre 2012 3 05 /09 /septembre /2012 11:33

La deuxième de ces priorités, c'est le changement de lieu. Nous pourrions faire tourner un globe à toute vitesse et poser un doigt dessus, au hasard. Au risque de nous noyer dans les océans, de nous dessécher dans les déserts, ou de mourir d'ennui dans des campagnes hostiles. Il nous faudra donc éliminer le hasard. Consulter des atlas, des cartes, des plans. Comparer plusieurs destinations. Lire éventuellement des récits de voyage. Cela risque de nous prendre trop de temps et d'entamer l'ardeur de notre volonté. Quant à changer simplement de ville mais en restant dans le pays, n'y pensons même pas. Notre vie antérieure se rappellerait à nous de jour comme de nuit, dans les actes les plus ordinaires comme dans les rêves les plus fous. En fait, nous sommes dans une impasse. Il faudra que tu m'aides pour qu'on s'en sorte. Ton imagination a conservé toute sa vigueur. Toute sa fièvre même. En unissant les forces de ta fièvre aux forces de ma joie, tu verras, nous franchirons tous les obstacles.

La troisième et dernière priorité concerne le mode de déplacement. Tu n'es plus guère en état de prendre un avion. Un voyage en train, tu n'y résisterais pas. Reste la voiture et le bateau. Il existe des voitures américaines assez longues pour s'allonger vraiment, comme dans un lit. Elles sont dotées d'amortisseurs si performants que la route se transforme en coussin d'air. Cette solution me semble viable mais insuffisante. Tôt ou tard, nous devrons prendre un bateau. Même le détroit de Behring n'est pas encore guéable malgré la fonte des glaces polaires. Un bateau donc, dont il faudrait aménager la cabine pour que tu n'aies pas le mal de mer. Rien n'est impossible. Un système d'équilibrage électronique, qui supprimerait les effets du tangage et du roulis, est tout à fait concevable. Peut-être existe-t-il déjà à la vente. Nous n'aurions pas à le construire et nous gagnerions un temps précieux.

Car le temps presse. Je le vois à ta fatigue. Elle imprègne tes gestes d'une lenteur nouvelle et c'est comme une espèce de mélancolie qui te couche chaque jour davantage. Pourtant, je ne t'ai encore rien dit de cette histoire saugrenue que j'invente en marchant. Il m'arrive même de l'inventer quand je te regarde. Tu as parfois des gestes si légers, si proches de l'abandon, que je pense à une île. Puis, dans la minute suivante, au passage d'une humeur qui assombrit ton front, j'envisage plutôt une ville avec une promenade le long d'une rivière jaune. Et je souris. Tu es toujours surprise quand je souris. Tu veux savoir pourquoi. Tu sors de ta fatigue et tu sautilles. Le chat juché sur quelque promontoire de laine descend pour te voir chavirer.

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commentaires

marie-claude 10/09/2012 08:08


trouver un moyen de transport adéquat, n'est pas chose mince ... mais l'espoir du changement peut donner la force nécessaire au corps qui se transporte aux joies à venir ... Il faut compter avec
...