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Jacques Louvain, peut-être

par Dominique Boudou, carnets, extraits, en-cours etc.

1 septembre 2012 6 01 /09 /septembre /2012 10:03

Tu ne savais pas que tu étais déjà malade quand tu es tombée malade. Les indicateurs manquaient sans doute de fiabilité. Ton corps tenait encore bien la foulée des jours. La mémoire des coups durs que tu as encaissés pendant ton adolescence restait dans ses tuyaux. Tu mangeais le jour. Tu dormais la nuit. La vie marchait d'un pas presque tranquille et nous en tirions quelques satisfactions. Nous prenions à l'occasion un train ou un avion pour une destination que nous avions mûrement choisie. Les îles, à condition qu'elles ne soient pas trop vastes, avaient ta préférence. Tu aimais en faire le tour au volant d'une voiture de location. Ta curiosité suscitait partout le paysage. Un brin d'herbe un peu biscornu devenait en un clin d'oeil une forêt magique. Et j'applaudissais à tes trouvailles. Le rire nous saisissait alors de la tête aux pieds, désarticulait nos silhouettes fragiles. Parfois, à notre retour à l'hôtel, malgré nos gestes maladroits qui peinaient à s'emboîter, il nous arrivait de faire l'amour.

Cette époque me semble lointaine. J'en garde des souvenirs très nets, que je peux raviver en feuilletant nos albums de photos, mais le sentiment d'un irrattrapable éloignement ne me quitte pas. Peut-être parce que pareils voyages nous sont désormais interdits. Tu ne résisterais pas à la poussée d'un avion au décollage. Un trajet en train te briserait au bout d'une heure. Et tu aurais froid. Je suis sidéré par la façon dont le froid te prend. Si tu es assise, tu ne peux plus bouger, ni même trembler. Si tu es debout, le froid exerce sur ton dos une force puissante en même temps qu'il te cueille à l'estomac. Je t'allonge alors de toute urgence. Je pose sur toi un plaid en polaire avec mille délicatesses. Je me dépêche de faire chauffer de l'eau dans laquelle je verserai du lait en poudre et trois pastilles de sucre synthétique.

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commentaires

C commecorinne 18/11/2012 08:35


L'oiseau picore. Son vol est beau, très beau. Si aérien que l'on ne peut s'empêcher de penser à une possible chute.


 

marie-claude 01/09/2012 14:42


Elle est là, encore là, fragile bien sûr, mais toujours là, malade il est vrai ... mais elle est là et c'est cette présence légère mais lourde qui importe ... s'accrocher au présent, s'accrocher
à la présence ... et faire durer le temps ...


comme tu décris bien ce temps indécis mais prégnant .


amitié