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Jacques Louvain, peut-être

par Dominique Boudou, carnets, extraits, en-cours etc.

29 août 2012 3 29 /08 /août /2012 14:54

Quand tu es tombée malade, j'ignorais que j'en prenais pour vingt ans. Je fais ce constat en buvant de la bière à la terrasse du Voltigeur. Je suis triste mais pas amer. L'amertume, si elle dure trop longtemps, vire à l'aigre. C'est le premier signe d'un renoncement dont on ne se remet jamais. Je ne renonce pas. Un joli brin de soleil caresse les flancs de mon verre, retrousse au coin des rues les jupes des femmes et mes yeux pétillent. Il pourrait tout aussi bien pleuvoir. L'averse courberait les échines, chiffonnerait les parapluies mais ma volonté resterait intacte. A bientôt cinquante ans, j'ai décidé d'être joyeux. C'est un objectif plus raisonnable que le bonheur. Pas besoin d'un souffle au long cours pour l'atteindre. Je peux continuer à boire de la bière. Je peux sans me sentir coupable allumer quelques cigarettes dans la journée. La joie se marie bien avec la fumée.

Je ne sais pas comment tu réagiras lorsque je t'annoncerai ma décision. Je bois une deuxième bière pour essayer de l'imaginer. Je regarde la mousse au ras du bock. J'écoute son grésil. La bière ou le marc de café, c'est pareil. Il y a des choses à voir dedans si on sait les voir. Elles ne disent rien de l'avenir mais tout du présent. Mon présent, comme la mousse de la bière, est pris de mouvements incertains dont je peux saisir des images et les agencer à ma guise. Par exemple, au moment même où j'essaie d'imaginer ta réaction à mon désir de joie, une femme d'une quarantaine d'années s'assoit à la table d'à côté. Elle pianote sur son téléphone en attendant la venue du serveur. Je ne sais pas encore si elle est jolie car je ne l'ai pas vue arriver. Je sirote plus lentement ma boisson. Je fais un peu de bruit avec mon briquet en allumant une cigarette.

Le soleil baigne toujours la terrasse du Voltigeur. La rumeur de la ville s'en trouve comme anesthésiée. Il est trois heures de l'après-midi. Tu viens juste de te lever. Toute la nuit tu as travaillé sur ton ordinateur et le sommeil n'a pas réparé ta fatigue. Tu titubes jusqu'à la salle de bain où tu bois un filet d'eau. Tu bois souvent un filet d'eau quand tu te lèves. Tu dis que c'est ta façon de chasser le mauvais goût des rêves. Le miroir devant lequel tu t'attardes malgré toi te renvoie une image pitoyable. Tes yeux sont gonflés. Deux rides de chaque côté de ton nez tombent comme des moustaches. Tu ne soupires pas. Tu ne pleures pas. Tu t'assois sur la lunette rabattue du wc et tu regardes un morceau de plâtre qui se détache du mur. Tu te dis qu'il va tomber comme ta peau est en train de tomber.

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commentaires

C commecorinne 18/11/2012 08:20


Il nous faudrait des miroirs pour "l'en dedans". Qui feraient fi de l'enveloppe, ne nous fourvoieraient pas sur des pentes glissantes.


Des miroirs où notre reflet nous ferait dire :"tiens, voilà un homme heureux"

brigitte Giraud 30/08/2012 12:55


La joie comme accomplissement, "l'existence comme itinéraire"... Bravo !

Filca 30/08/2012 09:26


.....

marie-claude 29/08/2012 18:23


Décider d'être joyeux !


profiter du temps présent, s'accommoder du temps qu'il fait, observer le monde et tourner avec lui ...


Que voilà un beau chantier !


amitié .